Les 6 vues de la cartographie ANSSI expliquées
Pour construire une cartographie du système d’information efficace, l’ANSSI recommande de ne pas limiter l’analyse à une simple représentation technique du SI. Un système d’information est un ensemble complexe composé de processus métiers, d’applications, de données, d’infrastructures techniques et d’acteurs qui interagissent en permanence.
C’est pourquoi le guide ANSSI PA-046 propose une approche basée sur six vues complémentaires du SI, organisées autour de trois grandes dimensions : la vision métier, la vision applicative et la vision infrastructure.
Cette méthode permet aux organisations d’obtenir une vision globale et structurée de leur système d’information, en reliant les enjeux métiers aux composants techniques qui les supportent. L’objectif est de comprendre non seulement quels éléments composent le SI, mais également comment ils fonctionnent ensemble, quelles dépendances existent et quels éléments doivent être protégés en priorité.
Vision métier : vue de l'écosystème et vue métier du SI
La vision métier permet de replacer le système d’information dans son contexte organisationnel. Elle ne s’intéresse pas uniquement aux technologies utilisées, mais à la manière dont le SI accompagne les activités de l’entreprise et interagit avec son environnement.
Cette approche est particulièrement importante pour un DSI, car elle permet de relier les enjeux de cybersécurité aux besoins opérationnels et stratégiques de l’organisation.
Vue de l’écosystème : comprendre les interactions externes du SI
La vue écosystème représente les différentes entités externes qui échangent avec le système d’information. Elle permet d’identifier les relations entre l’organisation et son environnement numérique : partenaires, fournisseurs, clients, prestataires informatiques, services cloud ou encore organismes externes.
Cette représentation met en évidence les différents points d’interconnexion du SI ainsi que les dépendances vis-à-vis d’acteurs tiers. Elle aide notamment à mieux comprendre les risques liés aux échanges externes, comme une interruption de service chez un fournisseur ou une compromission d’un partenaire connecté au SI.
Pour un DSI, cette vue apporte une réponse concrète à une question essentielle : quels acteurs dépendent de mon système d’information et de quels acteurs mon SI dépend-il ?
Vue métier du SI : relier le SI aux activités critiques de l’organisation
La vue métier représente les principaux processus métiers de l’organisation ainsi que les informations nécessaires à leur fonctionnement.
Elle permet d’identifier les activités essentielles de l’entreprise, les données utilisées et les ressources numériques qui les supportent. Cette approche correspond notamment à la logique de la méthode EBIOS Risk Manager, proposée par l’ANSSI pour analyser les risques cyber en partant des enjeux métiers.
Cette vue permet donc de mieux évaluer les conséquences potentielles d’un incident informatique. Elle répond à une problématique centrale : quelles activités seraient impactées si une application, une donnée ou un service du SI devenait indisponible ?
Vision applicative : vue des applications et vue de l’administration
La vision applicative permet de représenter les logiciels, services numériques et mécanismes d’administration qui composent le système d’information.
Elle établit un lien entre les besoins métiers et les solutions informatiques utilisées au quotidien. Cette approche est essentielle pour comprendre les dépendances applicatives et identifier les composants critiques du SI.
Vue des applications : représenter les composants logiciels et leurs échanges
La vue applications décrit les différents composants logiciels présents dans l’organisation ainsi que leurs interactions.
Elle permet notamment de représenter les applications métiers, les services numériques, les bases de données associées et les différents flux de données échangés entre ces composants.
Cette vision apporte une meilleure compréhension de l’architecture applicative et permet d’identifier les dépendances entre applications. Par exemple, une application métier peut dépendre d’un service externe, d’une base de données ou d’un autre logiciel interne. La cartographie permet alors d’anticiper les impacts d’une panne ou d’une cyberattaque sur l’ensemble du SI.
Vue de l’administration : sécuriser les accès privilégiés
La vue administration concerne les droits d’accès, les périmètres de privilèges et les niveaux d’administration associés aux différents composants du système d’information.
Cette dimension représente un enjeu majeur de cybersécurité, car les comptes administrateurs disposent de capacités importantes pour modifier les systèmes, accéder aux données sensibles ou déployer des changements critiques.
La cartographie des accès administrateurs permet ainsi d’avoir une meilleure visibilité sur les personnes ou équipes disposant de droits élevés, de limiter les privilèges excessifs et de réduire les risques liés aux comptes compromis.
Vision infrastructure : vue des infrastructures logiques et physiques
La vision infrastructure représente les fondations techniques du système d’information. Elle permet de comprendre comment les équipements et les réseaux sont organisés pour assurer le fonctionnement des applications et des services numériques.
Elle se compose de deux représentations complémentaires : la vue des infrastructures logiques et la vue des infrastructures physiques.
Vue des infrastructures logiques : comprendre l’organisation du réseau
La vue logique décrit l’organisation fonctionnelle des infrastructures informatiques et la manière dont les différents composants communiquent entre eux.
Elle représente notamment le cloisonnement réseau, les VLAN, les règles de filtrage, le routage et les différentes zones de sécurité présentes dans l’environnement informatique.
Cette représentation est essentielle pour analyser les chemins de communication du SI et vérifier que les principes de sécurité, comme la segmentation des réseaux ou la limitation des flux, sont correctement appliqués.
Vue des infrastructures physiques : identifier le patrimoine matériel
La vue physique représente les équipements matériels qui composent le système d’information : serveurs, équipements réseau, postes de travail, solutions de stockage ou infrastructures d’hébergement.
Elle permet à l’organisation de disposer d’une connaissance précise de son patrimoine technique et facilite la gestion des évolutions, du renouvellement des équipements et des mesures de protection associées.
Le concept d’objet pivot : relier les différentes vues du SI
L’une des particularités de la méthodologie proposée par l’ANSSI repose sur le concept d’objet pivot.
Un objet pivot correspond à un élément du système d’information permettant de faire le lien entre plusieurs vues de la cartographie. Il peut s’agir par exemple d’une application, d’une donnée, d’un équipement ou encore d’un processus métier.
Grâce à ces éléments communs, les différentes représentations du SI ne fonctionnent pas indépendamment les unes des autres. Elles forment une vision cohérente permettant de comprendre les relations entre les métiers, les applications et les infrastructures techniques.
Cette approche transforme la cartographie du SI en un véritable outil stratégique de pilotage, capable d’aider les DSI et RSSI à analyser les risques, prioriser leurs actions de sécurité et prendre des décisions éclairées.
La méthode ANSSI en 5 étapes pour cartographier son SI
Dans son guide PA-046, l'ANSSI propose une méthode en cinq étapes pour construire une cartographie du système d'information fiable et durable. L'objectif n'est pas de produire un document figé, mais de mettre en place une démarche incrémentale et itérative, capable d'évoluer au rythme du système d'information.
Étape 1 : Initier la démarche : enjeux, périmètre et trajectoire
La première étape consiste à définir les objectifs de la cartographie et à identifier les parties prenantes : DSI, RSSI, responsables métiers, architectes ou administrateurs.
Il est ensuite nécessaire de déterminer le périmètre à cartographier. Selon les besoins, il peut s'agir de l'ensemble du SI ou d'un périmètre plus ciblé, comme une application critique ou une direction métier.
Enfin, l'ANSSI recommande de définir une cartographie cible ainsi qu'une trajectoire de construction afin de faire évoluer progressivement le projet, sans chercher à cartographier l'intégralité du SI dès le départ.
Étape 2 : Définir le modèle de cartographie
Cette étape consiste à analyser l'existant (CMDB, documentation, schémas d'architecture, inventaires...) puis à définir le modèle de cartographie.
L'organisation détermine notamment les vues à représenter, les objets à cartographier (applications, données, infrastructures, processus métiers) ainsi que le niveau de granularité attendu.
L'ANSSI insiste sur une démarche incrémentale et itérative : le modèle n'a pas vocation à être parfait dès le départ, mais à s'enrichir progressivement selon les besoins et les évolutions du SI.
Étape 3 : Choisir les outils adaptés
Le choix de l'outil est essentiel pour garantir une cartographie exploitable dans le temps.
L'ANSSI recommande de privilégier des outils spécialisés, capables de gérer plusieurs vues du SI, de modéliser les relations entre les objets et de s'interfacer avec des solutions.
Des fonctionnalités comme l'historisation des modifications et le travail collaboratif constituent également des critères importants.
Étape 4 : Construire la cartographie pas à pas
La construction débute par un inventaire des actifs du système d'information, puis par la création des différentes vues recommandées par l'ANSSI.
Plutôt que de cartographier l'ensemble du SI d'un seul coup, il est conseillé de commencer par les actifs critiques et d'enrichir progressivement la cartographie avec de nouveaux composants et leurs relations.
Cette approche progressive permet d'obtenir rapidement une cartographie utile tout en facilitant sa mise à jour.
Étape 5 : Pérenniser la cartographie : communication et mise à jour
Une cartographie n'a de valeur que si elle reste à jour et partagée.
L'ANSSI recommande de la mettre à jour à chaque évolution significative du système d'information : nouvelle application, modification d'architecture, changement organisationnel ou évolution des infrastructures.
Elle doit également être intégrée à la gouvernance du SI et utilisée par les différentes parties prenantes. Véritable référentiel de pilotage, une cartographie maintenue dans le temps facilite la gestion des risques, les projets de transformation, les démarches de conformité et la prise de décision.
Le cadre réglementaire : pourquoi la cartographie ANSSI est devenue incontournable
La cartographie du système d'information n'est plus seulement une bonne pratique de cybersécurité. Elle est désormais au cœur de plusieurs référentiels réglementaires et normatifs, qui imposent aux organisations de mieux connaître leur patrimoine numérique, leurs actifs critiques et leurs dépendances.
Si cette exigence concernait initialement les Opérateurs d'Importance Vitale (OIV), elle s'étend aujourd'hui à un nombre croissant d'organisations avec l'entrée en vigueur de nouvelles réglementations comme NIS2 ou DORA. Au-delà de l'obligation réglementaire, disposer d'une cartographie fiable constitue désormais un levier essentiel pour démontrer sa conformité et renforcer sa résilience face aux risques cyber.
OIV et arrêtés sectoriels : la cartographie du SI, une obligation inscrite dans le Code de la défense
La démarche de cartographie recommandée par l'ANSSI trouve son origine dans les exigences applicables aux Opérateurs d'Importance Vitale (OIV).
En application de l'article L.1332-1 du Code de la défense et des arrêtés sectoriels associés, les OIV doivent identifier et protéger leurs Systèmes d'Information d'Importance Vitale (SIIV). Pour répondre à cette obligation, ils doivent disposer d'une cartographie précise de leur système d'information, permettant d'identifier les actifs critiques, leurs interconnexions et leurs dépendances.
Le guide ANSSI PA-046 a été conçu pour accompagner ces organisations dans cette démarche, mais la méthode proposée est aujourd'hui largement utilisée par des entreprises et organismes de toutes tailles souhaitant structurer leur gouvernance du SI.
Directive NIS2 : une obligation étendue à des milliers d'organisations
Avec la directive NIS2, les exigences en matière de cybersécurité ne concernent plus uniquement les OIV.
La directive élargit ces obligations aux entités essentielles et entités importantes, issues de nombreux secteurs d'activité tels que l'industrie, l'énergie, les transports, la santé, les collectivités ou encore les services numériques.
Pour répondre à ces nouvelles exigences, les organisations doivent être capables d'identifier leurs actifs critiques, de comprendre les dépendances entre leurs systèmes et de mettre en œuvre une gestion efficace des risques. Une cartographie du système d'information devient ainsi un prérequis pour démontrer la maîtrise de son patrimoine numérique et faciliter les démarches de conformité.
Pour approfondir le sujet, consultez également notre article dédié à la cartographie du SI et à la directive NIS2.
ISO 27001, RGPD et DORA : des exigences qui convergent
Au-delà de l'ANSSI et de NIS2, plusieurs référentiels reposent sur un même principe : connaître son système d'information pour mieux le protéger.
La norme ISO 27001 demande d'identifier les actifs informationnels de l'organisation afin de mettre en œuvre un système de management de la sécurité de l'information efficace.
Le RGPD impose quant à lui de tenir un registre des traitements, ce qui nécessite une bonne connaissance des applications, des données personnelles et des flux d'information au sein du SI.
Enfin, le règlement DORA, applicable au secteur financier, renforce les exigences de maîtrise des systèmes d'information et de gestion des risques numériques, notamment à travers une meilleure connaissance des infrastructures et des services critiques.
Dans ce contexte, la méthode de cartographie proposée par l'ANSSI constitue une base commune pour répondre à ces différentes obligations. En offrant une vision claire des actifs, des données, des applications et des infrastructures, elle facilite les démarches de conformité tout en améliorant le pilotage des risques et la préparation des plans de continuité (PCA) et des plans de reprise d'activité (PRA).
Quel outil choisir pour une cartographie SI conforme à l'ANSSI ?
Le choix de l'outil est déterminant pour mettre en œuvre une cartographie du système d'information conforme aux recommandations de l'ANSSI. Au-delà de la création de schémas, un logiciel de cartographie doit permettre de centraliser les informations, de maintenir les liens entre les différents composants du SI et d'accompagner son évolution dans le temps.
Les critères essentiels d'un logiciel conforme ANSSI
Un logiciel de cartographie conforme aux recommandations de l'ANSSI doit avant tout permettre de représenter le système d'information selon les différentes vues décrites dans le guide PA-046, tout en assurant la cohérence entre elles.
Il doit notamment être capable de modéliser les relations entre les objets (applications, données, infrastructures, processus métiers, etc.) grâce à une approche basée sur des objets pivots, afin d'analyser facilement les impacts d'une évolution ou d'un incident.
L'outil doit également favoriser son intégration dans l'écosystème informatique de l'organisation grâce à des capacités d'interopérabilité avec des solutions telles qu'une CMDB, une plateforme GRC ou un SIEM.
Enfin, des fonctionnalités comme la traçabilité des modifications, le travail collaboratif, la mise à jour dynamique des informations ou encore un hébergement souverain constituent aujourd'hui des critères essentiels pour garantir la pérennité de la cartographie et répondre aux exigences de cybersécurité.
EKIALIS Explore : cartographier votre SI selon la méthode ANSSI
Conçu pour accompagner les organisations dans la maîtrise de leur patrimoine numérique, EKIALIS Explore permet de mettre en œuvre une cartographie du système d'information conforme aux recommandations de l'ANSSI.
La solution offre une représentation multi-vues du SI, en reliant les processus métiers, les applications, les flux de données les infrastructures et les actifs techniques au sein d'un référentiel unique. Cette approche facilite l'analyse des dépendances et l'évaluation des impacts en cas d'évolution ou d'incident.
EKIALIS Explore permet également d'intégrer la criticité des actifs issue d'une Business Impact Analysis (BIA), afin de prioriser les actions de sécurité et d'améliorer la préparation des plans de continuité (PCA) et des plans de reprise d'activité (PRA).
L'un des principaux atouts de la solution réside dans son approche intégrée. Au-delà de la cartographie du SI, EKIALIS Explore centralise dans un même environnement la gestion des risques, la mise en conformité RGPD, les démarches PCA/PRA et les autres référentiels de gouvernance. Les informations étant liées entre elles, chaque évolution du système d'information est répercutée dans l'ensemble des cartographies et des analyses associées.
Grâce à cette approche, les DSI et RSSI disposent d'une cartographie vivante, constamment actualisée, qui devient un véritable outil de pilotage pour renforcer la cybersécurité, faciliter la conformité réglementaire et accompagner les transformations du système d'information.
